Les canicules se répètent et beaucoup de logements genevois, conçus pour retenir la chaleur en hiver, deviennent pénibles à vivre dès juillet. Avant de penser à la climatisation, qui est strictement encadrée dans le canton, il existe des réponses architecturales efficaces. Voici les leviers que nous mobilisons dans nos projets, du neuf à la rénovation.
Protéger les vitrages depuis l’extérieur
Le rayonnement solaire à travers les fenêtres est de loin la première cause de surchauffe. Un store, une toile ou des lamelles placés à l’extérieur du vitrage arrêtent la chaleur avant qu’elle n’entre ; un rideau ou un store intérieur la laisse pénétrer et la piège dans la pièce. En rénovation, poser des stores extérieurs sur les façades sud, est et surtout ouest est souvent l’intervention au meilleur rapport coût-efficacité. En construction neuve, la protection se dessine dans l’architecture elle-même : débords de toiture calculés pour laisser passer le soleil bas d’hiver et couper celui d’été, balcons filants, brise-soleil, loggias. Le choix du vitrage, notamment son facteur solaire, complète le dispositif mais se décide orientation par orientation.
Conserver la masse du bâtiment
Des murs et des dalles lourds absorbent la chaleur le jour et la restituent lentement, ce qui explique la fraîcheur des vieilles bâtisses aux murs épais. Cette inertie est précieuse mais fragile : un doublage en plâtre, un faux plafond ou une isolation par l’intérieur la coupent du volume habité. C’est pourquoi nous privilégions l’isolation par l’extérieur et cherchons à garder des surfaces massives apparentes. Dans les constructions en bois, l’inertie se compense par des chapes lourdes ou des cloisons massives, à prévoir dès l’esquisse.
Rendre possible la ventilation nocturne
Même en pleine canicule, les nuits genevoises redescendent généralement sous 22 à 24 degrés. Le principe est simple : fermer le logement le jour, stores baissés, et l’ouvrir largement la nuit pour évacuer la chaleur stockée. Cela suppose que l’air puisse traverser : un logement ouvert sur deux façades se rafraîchit naturellement, un logement mono-orienté beaucoup moins. En conception, nous cherchons donc la traversance ou des dispositifs verticaux qui créent un tirage. En rénovation, des impostes, des grilles de transfert entre pièces ou des ouvrants sécurisés permettent souvent de laisser ouvert la nuit sans crainte pour le bruit ou l’intrusion.
Traiter la toiture
Une toiture en plein soleil peut dépasser 70 degrés en surface, ce qui rend les combles habités invivables. Une isolation épaisse et dense, en fibre de bois ou en cellulose par exemple, retarde de plusieurs heures l’arrivée de la chaleur à l’intérieur. Les teintes claires limitent l’absorption, et une toiture végétalisée tempère les locaux du dessous tout en retenant l’eau de pluie. Ces choix se font au moment d’une rénovation énergétique, et c’est justement là qu’il faut penser l’été en même temps que l’hiver.
Travailler avec l’environnement immédiat
Un arbre à feuilles caduques devant une façade ouest, c’est-à-dire un arbre qui perd ses feuilles en automne comme un tilleul, un érable ou un platane, fait de l’ombre en été et laisse passer le soleil en hiver une fois dénudé. Un sol planté ou en gravier clair vaut mieux qu’un enrobé sombre, c’est-à-dire un revêtement bitumé ou goudronné. Ce dernier absorbe le rayonnement et le restitue pendant des heures, ce qui réchauffe l’air autour de la maison. Une pergola végétalisée devant une terrasse rend l’extérieur utilisable en pleine journée. Le canton encourage aujourd’hui activement la végétalisation et la désimperméabilisation des parcelles.
Climatisation : ce que dit la loi genevoise
À Genève, la climatisation dite « de confort » n’est pas libre. La loi cantonale sur l’énergie et son règlement d’application (REn) la soumettent à une autorisation énergétique, délivrée dans le cadre d’une demande d’autorisation de construire. Elle n’est accordée que si le confort ne peut pas être assuré malgré la mise en œuvre des mesures constructives, si le besoin est démontré par calcul, si l’installation est efficace et si ses rejets de chaleur sont valorisés sur place ou dans le réseau. Concrètement, le besoin est reconnu lorsque la température intérieure dépasse le seuil de confort de la norme SIA 180, situé selon les conditions autour de 26 à 28 degrés, pendant plus de 100 heures par an dans un bâtiment neuf, ou plus de 400 heures dans un bâtiment existant. Les pompes à chaleur réversibles utilisées pour rafraîchir suivent le même régime. Des dérogations sont possibles pour raisons médicales ou pour les installations de très faible puissance.
Seuls les climatiseurs mobiles monoblocs, ces appareils sur roulettes avec une gaine à passer par la fenêtre, échappent à cette procédure. C’est une tolérance plus qu’une recommandation : ce sont les appareils les moins efficaces, puisque la fenêtre entrouverte pour la gaine fait entrer de l’air chaud pendant que la machine essaie de refroidir. Les conditions détaillées sont publiées sur le site du canton : Installation de climatisation de confort – ge.ch.
Autrement dit, la loi genevoise impose de faire d’abord ce que l’architecture peut faire, et c’est exactement notre approche. Lorsque les mesures passives ne suffisent pas, dans un logement sous toiture existant ou une pièce très vitrée, il reste des solutions intermédiaires : brasseurs d’air au plafond, autrement dit des ventilateurs à grandes pales, très efficaces sur le confort ressenti pour une consommation dérisoire, ou rafraîchissement par géothermie ou par nappe, qui fait circuler dans les planchers une eau naturellement fraîche sans compresseur.
En pratique
Une rénovation énergétique qui ne traite que l’hiver risque de dégrader l’été. Nous abordons donc systématiquement les deux saisons ensemble, dès l’étude préalable, en identifiant les façades et les pièces à risque et en dimensionnant les mesures selon votre budget. Si vous envisagez de rénover, d’aménager des combles ou de construire, contactez notre atelier pour un premier échange.